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TRACES DE LUMIÈRE

La Skoténographie

Esquisses de lumière

La skoténographie

(La lumière comme regard, pensée, souffle, son)

Skoténographie est formé à partir des mots grecs skotéinos : obscur, et graphein : écrire. Apparentée à photographie qui est «écriture de la lumière», la skoténographie est « écriture de l’obscur », « autour de l’obscur », « à propos de l’obscur ».

Cette exploration de l’ombre, qui a donné lieu à des propositions en photographie, scénographie, installation, musique, écriture, vidéo, est partie d’une sculpture: Sombre Propos. Sombre Propos est un boîte cubique percée de huit failles étroites et verticales, disposées de telle sorte que son centre échappe aux regards. Dans la skoténographie, ces regards frôlant ce qui leur échappe sont matérialisés par de la lumière. Le parti-pris ici est donc de prendre la lumière dans sa relation métaphorique au regard et à la pensée. L’ombre devient alors l’invisible, l’impensable, l’inconnu.

Les images qui en résultent, traces d’une lumière prise comme pure émanation de la pensée, évoquent parfois des fragments de corps.  Et si certaines d’entre elles sont troublantes, c’est peut-être que rien n’est plus vertigineux, pour l’esprit, que le contact avec l’inconnu.

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Skoténogrammes extraits de la série « Un centre invisible ».

Impressions numériques sur papier Canson 350g; 90x90cm, 2014.

Dissémination de l’invisible

D’autres dispositifs de regards, multipliant les points de vue croisés, déterminent un invisible  non pas centré, mais disséminé. L’un de ces dispositifs à servi de point de départ à la scénographie Chant des regards par quatorze points de vue, puis à l’installation vidéo-danse Chiasmesen collaboration avec la compagnie de danse Artefactdanse.

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skoténogrammes extrait de la série « 14 points de vue ».

Impressions numériques sur papier baryté, 80x120cm; 2016.

Le Skoténographe

Les skoténogrammes sont réalisés au skoténographe.

Cet instrument, conçu à l’origine pour générer des séquences vidéo, est un « dispositif introspectif »: une machine qui regarde à l’intérieur d’elle-même. Il fonctionne comme un orgue dans lequel l’air serait remplacé par de la lumière. Cette lumière est produite dans des tubes verticaux d’où elle s’échappe à travers de fin clapets. Le clavier, qui permet d’ouvrir plus ou moins ces clapets, détermine l’intensité des faisceaux lumineux pénétrant et se superposant dans la chambre noire.

L’Harmonie des cubes

La skoténographie est associée à une correspondance entre les ouvertures de Sombre Propos et les notes d’un mode musical particulier : le 2ème mode à transpositions limitées.  Cette correspondance, que j’ai nommée lHarmonie des cubes en hommage à l’harmonie des sphères pythagoricienne, associe un accord musical à chacun des skoténogrammes, et un paysage sonore à cette présence/absence de l’invisible .

L’Harmonie des cubes a été à l’origine de ma collaboration avec le musicien Michel Sendrez, qui a composé en 2003 Autour de Sombre Propos, la seconde mineure, composition pour deux soprani, harpe et flute. Lors de la création de cette pièce a l’Auditorium de l’ADAC (Paris) en 2003, le skoténographe projetait en fond de scène la traduction lumineuse de la partition musicale.

Les titres des skoténogrammes de la série SOMBRE PROPOS renvoient à la tradition du chiffrage des accords en musique. Les chiffres ici correspondent aux intervalles musicaux entre les faisceaux, le demi ton étant compté comme 1.

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Le skoténographe

plastique, bois, métal, caméra vidéo; h.= 110cm; 2004

Les premières images skoténographiques (2001-2004)

Les SKOTÉNOGRAPHIES, antérieures au SKOTÉNOGRAPHE et à ses SKOTÉNOGRAMMES, ont été produites en chambre noire à l’aide d’un boîte de section carrée, dépourvue de fond et percée de fentes étroites et verticales, sur le principe de Sombre Propos. Cette boîte est posée sur une feuille de papier photosensible qui enregistre les événements lumineux se produisant aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses parois. La boîte elle-même y laisse son empreinte, comme les objets utilisés par Man Ray pour produire ses Rayogrammes. La différence est qu’ici, cette empreinte forme le cadre d’événements lumineux autour de zones obscures.

Alors que les  SKOTÉNOGRAMMES consistent en captations des configurations lumineuses qui apparaissent à l’intérieur du SKOTÉNPGRAPHE, captations qu’on peut voir à l’oeil nu, photographier ou filmer à travers le viseur de cet appareil, les SKOTÉNOGRAPHIES sont donc des tirages argentiques résultant des passages répétés et successifs de faisceaux lumineux sur un papier photosensible en chambre noire. L’image qui apparait dans le bain de révélateur n’a jamais été visible, n’a littéralement jamais existé avant d’être révélée. Puisque la lumière noircit le papier, les SKOTÉNOGRAPHIES sont les négatifs de ces images fantômes.

 

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2 (seconde majeure)

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4 (tierce majeure)

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Skoténographies sur papier baryté; pièces uniques; 50x50cm, 2002

Dans le travail de Sombre Propos et de la skoténographie qui lui est associée, ce qui est vu c’est le regard lui-même, dans sa relation à l’invisible. C’est autour de l’invisible, dans une quête d’invisible que les regards ici se croisent. Et peut-être ne peut-il en être autrement. Peut-être, d’une façon générale, le croisement entre points de vue n’est-il possible qu’aux alentours d’une limite, peut-être le partage entre pensées doit-il être fondé par un inconnu commun.

La skoténographie interroge le réel dans ce qu’il a d’insaisissable : une dimension métaphysique du réel. Cette qualité du réel d’être partiellement voilé en fait le prix, notre relation à ce réel fugitif est de désir, c’est notre moteur secret. À l’heure du tout voir, tout éclairer, tout savoir, Sombre Propos et la skoténographie réaffirment que l’invisible est le fondement du regard, et l’inconnu celui de la pensée.

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