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Textes critiques

Jacqueline Salmon et Christophe Loyer

Un photographe, un sculpteur et des machines à rêver

La galerie « Vrais rêves, galerie de photo », a émigré de la rue de Belfort à la rue Dumenge pour un beau local, sobre et efficacement équipé. Elle y expose conjointement un photographe, Jacqueline Salmon, et un sculpteur Christophe Loyer.

L’originalité de cette exposition vient de ce que les photographies ne sont pas la simple illustration des sculptures ni un reportage sur le travail du sculpteur. En réalité, à partir des œuvres de Loyer, Jacqueline Salmon crée ses propres images. Elle s’est véritablement imprégnée des sculptures puis, dans son laboratoire, faisant disparaître les échelles, ramenant l’infiniment petit aux dimensions d’un univers, elle a détourné l’oeuvre au profit de son répertoire de formes, de son alphabet.

Ses photographies encerclent les sculptures, des nefs de marbre ou de terre, lourds bateaux à peine posés sur le sol, en partance pour quelque voyage initiatique. Ils portent tous des traces de vie, des trace de travail : cordages, grilles, échelles, et sont parfois habités d’étranges personnages : ici des chats, là des êtres venus d’ailleurs. Sortis de beaux blocs d’un marbre blanc qui semble traversé de lumière, ils gardent sur eux des marquent de constructions, des étais, des colonnes à l’antique, des arceaux…

En fait, les sculptures de Loyer sont de superbes machines à rêver dans lesquelles la beauté de la matière, son pouvoir sensuel, le métier même du sculpteur qui vit à Carrare, jouent un grand rôle. Elles s’inscrivent dans un courant contemporain qui se démarque de la rigueur d’une sculpture abstraire, comme de l’austérité intellectuelle de la sculpture minimale. L’imaginaire du créateur puise dans les strates d’une sensibilité qui est presque celle d’un archéologue.

Et l’on rêve à des mondes perdus devant les bateaux de Christophe Loyer.

 

Elyane Gérome, Le Progrès (Lyon), 07/12/1983

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