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Textes critiques

Christophe loyer, les barques de l’imaginaire

Christophe Loyer travaille aussi dans l’atelier de la rue Ornano qui accueille les rencontres faites à Pietrasanta là où les marbre se travaille et où des hommes et des femmes du monde entier créent. Terre, marbre et bronze : matériaux de tout temps, et pour ici aussi une mémoire orientale qui s’échoue sur les rives de la cité urbaine et de la fin du XXème siècle. Parce que la mémoire ne peut que dire que cela existe encore, qu’on tire encore l’eau par palans et cordes et poulies du fond des puits, que la pêche se fait encore par la voile et drap épais, et bras d’hommes qui rament. Trois importantes sculptures de marbre campent ces scènes qui sont autant de lieux archaïques et théâtraux, que de science fiction. Je souhaite toujours enlever le détail anecdotique ou suggéré par la figure, et que l’œuvre reste abstraite, mais Christophe Loyer a raison d’installer ces hommes de terre et de bronze qui, après tout, sont les inventeurs de leur technique. Dans d’autres sculptures de terre cuite, ces hommes sont au repos dans leur demeure, dans leurs gestes quotidiens. Là encore il s’agit de barques, dans des cités de l’espace, lacustres ?

Ce travail a été superbement photographié par Jacqueline Salmon. Le grand ensemble de photographies qui entoure les sculptures ne se contente pas de documenter l’œuvre de Loyer. Celle-ci est matériau à la création de Jacqueline Salmon qui est sans doute une des grandes photographes travaillant à Lyon. Abstraction, ombres, noirs, elle questionne et peut-être donne le tranchant de la force des sculptures qu’atteindra Christophe Loyer par plus d’épuration encore.

Jean de Breyne

L’Humanité Dimanche, 2 décembre 1983;

À propos de l’exposition à la galerie Vrais-rêves, Lyon.

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