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Textes critiques

La quête sans fin de Christophe Loyer

Un être indéfinissable

Épousant la logique du labyrinthe, La foudre gouverne toutes les choses de Christophe Loyer est une subtile interrogation sur les origines et les identités. À Schiltigheim, en avant propos à Mitteleuropa 97.

Le titre emprunte à Héraclite to skoteinos – l’obscur – philosophe présocratique de l’éternel devenir. Celui-là même qui expliquait que l’homme ne se baigne jamais deux fois dans la même eau d’un fleuve. Une idée de la fugacité que Christophe Loyer, sculpteur français installé en Toscane, explore dans un travail qui pose les questions croisées du passage et de l’identité. Il est l’invité de Mitteleuropa, la biennale schilikoise consacrée – à partir du 2 octobre – à la littérature d’Europe centrale.

Dans l’ancienne coopérative des Bouchers, espace magique en attente d’une nécessaire restauration, Christophe Loyer a monté six chambres délimitées par un tissu blanc. Elles se succèdent les unes aux autres, en configuration volontairement labyrinthique, déclinant à chaque fois un personnage qui répond à une hypothèse de « l’être » exprimée dans une manière de fantaisie surréaliste : être accroupi, penché, ascète, moine, singe en majesté ( !) ou encore à tête de coq ( !!).

Des situations traitées en trois propositions plastiques : la terre cuite, la pierre – un travertin de la région de Sienne – et le bronze. « Les matériaux des origines de la sculpture » dit Christophe Loyer. Une trinité dont chaque élément traite à sa manière son sujet, dans un geste inachevé, sculptures balbutiantes de civilisations originelles, de divinités oubliées et malmenées par le temps.

Un sentiment de la mémoire affleure ici, mais ne limite pas à lui seul le propos de Christophe Loyer. Si chaque « être » se donne dans une multiplicité de matériaux et de formes, c’est bien parce qu’il y a impossibilité de définir les contours exacts d’une identité. « Dans l’aphorisme d’Héraclite, à travers cette image de la foudre, c’est de la fulgurance de l’homme qu’il nous parle. Une instantanéité qui ne le résume jamais… » La nature même du travail de Christophe Loyer appelle à l’infini. Ces chambres un rien sépulcrales, où veillent trois gardiens de pierre, de terre et de bronze, composent un récit sur les figures inépuisables de l’être.

 

Serge Hartmann

Dernières Nouvelles d’Alsace, 20 septembre 1997

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