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LA SUBSTANCE

1990/2018: La substance rêveuse

2001/2016 : la substance des regards

2004/2006: La substance lumineuse

2006/2012: La substance des mots

La substance des regards

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(…) L’image du regard source d’énergie est naturelle, intuitive, on la retrouve dans le langage. Le regard se pose, touche, caresse, blesse, foudroie et même parfois féconde, ne dit-on pas « couver des yeux »? Pourtant, dans l’explication du phénomène de la vision l’œil reçoit des informations lumineuses comme l’oreille reçoit des informations sonores, et le nez des informations chimiques.

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(…) Et malgré tout il y a dans le regard un pouvoir d’émission, quelque chose qui agit parce que regarder c’est construire l’objet du regard. Non pas subir une image mais produire une image, et ramener à soi ce qui est hors de soi, en faire sa cible, sa proie. Si l’œil regardant est ainsi source d’énergie, s’il éclaire ce qu’il voit, on peut alors représenter le monde comme une plaque photosensible révélée, impressionnée par les regards et sur laquelle ce qui est hors de vue reste noir, alors que ce qui est excessivement vu, ou vu de trop près ou trop souvent se surexpose et devient blanc, invisible également, bien que d’une invisibilité d’un tout autre ordre.

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(…) Entre ces deux invisibilités du noir et du blanc – de l’inconnu et du familier – le monde est ainsi modelé par le passage de l’un à l’autre, c’est à dire la gamme des gris de ce qui est entrevu, suggéré, fugitif.

(extrait de « Sombre Propos, sept variations sur un thème invisible », le CREDAC 2001)

Skoténogrammes extraits de la série « Un centre invisible ».
Impressions numériques sur papier Canson 350g; 90x90cm, 2014.

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J’ai nommé cette matérialisation des regards par la lumière la Skoténographie. « Skoténographie » est formé à partir des mots grecs skotéinos : obscur, et graphein : écrire. Apparentée à photographie qui est «écriture de la lumière», la skoténographie est « écriture de l’obscur », « autour de l’obscur », « à propos de l’obscur ».

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L’exploration de cette figuration des regards par de la lumière a donné lieu à plusieurs dispositifs.

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Skoténogrammes extrait de la série « 14 points de vue ».
Impressions numériques sur papier baryté, 80x120cm; 2016.

Le Skoténographe: un orgue à regards

Les skoténogrammes sont réalisés au skoténographe. Cet instrument, conçu à l’origine pour générer des séquences vidéo, est un « dispositif introspectif »: une machine qui regarde à l’intérieur d’elle-même. Il fonctionne comme un orgue dans lequel l’air a été remplacé par de la lumière. Cette lumière est produite dans des tubes verticaux d’où elle s’échappe à travers de fin clapets. Le clavier, qui permet d’ouvrir plus ou moins ces clapets, détermine l’intensité des faisceaux lumineux – des points de vue – pénétrant et se superposant dans l’inconnu de la chambre noire.

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Le skoténographe
plastique, bois, métal, caméra vidéo; h.= 110cm; 2004

L’Harmonie des cubes

La skoténographie est associée à  un mode musical particulier : le 2ème mode à transpositions limitées d’Olivier Messiaen.  Cette correspondance, que j’ai nommée lHarmonie des cubes en hommage à l’harmonie des sphères pythagoricienne, associe un accord musical à chacun des skoténogrammes de la série Un centre invisible, et un paysage sonore à cette présence/absence de l’invisible .

L’Harmonie des cubes a été à l’origine de ma collaboration avec le musicien Michel Sendrez, qui a composé en 2003 Autour de Sombre Propos, la seconde mineure, composition pour deux soprani, harpe et flute (création Auditorium de l’ADAC, Paris 2003), ainsi qu’avec le compositeur Nicolas Losson, qui a créé les bandes sonores  des vidéos Variations skoténographiques.

Les titres des skoténogrammes de la série Un centre invisible renvoient à la tradition du chiffrage des accords en musique, le demi ton étant compté comme 1.

Les premières images skoténographiques (2001-2004)

Alors que les  Skoténogrammes consistent en captations de configurations lumineuses apparaissant à l’intérieur du skoténographe, captations qu’on peut voir à l’oeil nu, photographier ou filmer à travers le viseur de cet appareil, les skoténographies sont des tirages argentiques résultant des passages répétés et successifs de faisceaux lumineux sur un papier photosensible en chambre noire. L’image qui apparait dans le bain de révélateur n’a donc jamais été visible, n’a littéralement jamais existé avant d’être révélée.

 

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2 (seconde majeure)

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4 (tierce majeure)

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Skoténographies sur papier baryté; pièces uniques; 50x50cm, 2002

Dans la skoténographie, ce qui apparaît est la matière même des regards. Mais c’est autour de l’invisible, dans une quête d’invisible que les regards ici se croisent. Se pourrait-il qu’il en soit toujours ainsi, le croisement entre points de vue n’étant possible qu’aux alentours d’une limite, et le partage entre pensées ne pouvant être fondé que par un inconnu commun?

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