La substance des regards

À l’époque de la Renaissance on pensait que les regards pouvaient “agir par la vertu d’un esprit lumineux et subtil émis, un peu comme un rayonnement, par les yeux ouverts”(1).

J’ai donc représenté les regards envahissant l’intérieur du cube Sombre Propos à travers ses meurtrières comme des faisceaux lumineux.

 

Représentation du champ des regards autour et à l’intérieur de Sombre Propos depuis ses huit ouvertures (Gouache sur papier, 20x30cm; 1998)

Ainsi cerné d’une lumière imaginaire Sombre Propos m’apparut, pupille obscure et géométrique occupant l’épicentre de ces champs de regards. Longtemps j’ai travaillé et réfléchi sur ces épures, fasciné par la façon qu’avaient ces points de vue de se croiser, de se superposer, de palper les parois de leurs prisons et de tendre chacun vers sa lisière; longtemps je suis resté comme pris dans une rêverie bachelardienne sur cette matière fluide et inépuisable, envahissante des regards et des pensées. Plus tard, beaucoup plus tard l’ai fini par mettre en pratique cette analogie des points de vue avec la lumière en replaçant, purement et simplement, la lumière des regards par de la vraie lumière.” (2)

(1)Giordano Bruno, Chandelier, 1, X; (2)Christophe Loyer, L’ombre à l’intérieur de la lumière, Le nouveau Recueil n°78, Champ-Vallon 2006

2121; Skoténogramme de la série “Un centre invisible”, impression numérique sur papier Canson 350g; 90x90cm, 2014.