Une poignée d’argile pétrie d’une main rêveuse, l’eau, l’impondérable matière des regards, la lumière ou le langage lui-même ont été, dans mon travail, quelques uns des avatars de cette entité mouvante contenant toutes les formes et tous les êtres qu’est LA SUBSTANCE. Elle est approchée ici non par la pensée mais par les mains, par le corps. Ce dont elle forme l’image pourtant à chaque fois est la pensée elle-même, pensée non pas volontaire ou autoritaire mais fluide et insaisissable comme le monde dans ce qu’il a d’hasardeux. Ainsi, par le biais de l’obscure et ductile Substance le monde et la pensée du monde se reflètent l’un l’autre.

la substance des mots

Certains des jeux de l’Acrobate Aveugle explorent des usages aléatoires, quoique secrètement déterminés  du langage. Les mots y sont mélangés puis choisis d’une main rêveuse, et de cette matière informe surgissent des propositions énigmatiques.  Paroles qui  n’appartiennent qu’à elles-mêmes et dont la signification reste incertaine, esquisses d’un sens au bord du non-sens. Dans ces contacts imprévisibles entre les mots c’est l’obscurité que chacun d’eux porte en lui-même qui est mise à jour, comme si chacun  était inépuisable, était déjà tout un monde et contenait secrètement en lui-même tous les autres dans cette obscurité qui leur est commune.

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L’Acrobate Aveugle du Cirque Philosophique et son double procèdent à un tirage de “ETREDIR ou la vie amoureuse des mots”. (vidéo L’Acrobate Aveugle et son double; 13mn, 2012)