À propos du Cirque Philosophique

Un filin continu relie des acrobates, qui en déterminent ainsi la forme et la trajectoire. Telle est la règle.

Extrait de “Le cirque philosophique”, éd. Castello di Vincigliata, Fiesole 1998; texte Christophe Loyer, Photographies Carlo Gianni

1 – Le Cirque Philosophique est tout ce qui a lieu.

1.11 – Le Cirque Philosophique est déterminé par les faits, et par ceci qu’ils sont tous les faits.

2 – Ce qui a lieu, le fait, est la subsistance de figures acrobatiques.

2.01 – La figure acrobatique est une connexion d’acrobates.

2.011 – Il fait partie de l’essence d’un acrobate d’être élément constitutif d’une figure acrobatique.

2.012 – Quand l’acrobate se présente dans une figure acrobatique, c’est que la possibilité de la figure doit être déjà préjugée dans l’acrobate.

2.0122 – L’acrobate est indépendant, en tant qu’il peut se présenter dans toute figure acrobatique possible, mais cette forme d’indépendance est une forme d’interdépendance avec la figure, une forme de non-indépendance.

2.0123 – Si je connais l’acrobate, je connais aussi l’ensemble de ses possibilités d’occurrence dans des figures acrobatiques.

2.01231 – Pour connaître un acrobate, il ne me faut certes pas connaître ses propriétés externes, mais bien toutes ses propriétés internes.

2.0124 – Si tous les acrobates sont donnés, alors sont aussi en même temps données tous les figures acrobatiques possibles.

2.013 – Chaque acrobate est, pour ainsi dire, dans un espace de figures acrobatiques possibles. Cet espace, je puis me le figurer comme vide, mais non me figurer l’acrobate sans espace.

2.0131 – L’acrobate doit se trouver dans un espace infini.

2.0141 – La possibilité de son occurrence dans des figures acrobatiques est la forme de l’acrobate.

2.02 – L’acrobate est simple.

(…)

D’après le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein, en remplaçant “monde” par “Cirque Philosophique”, “chose” par “acrobate” et “état de choses” par “figure acrobatique”; éd. Gallimard 1993