À propos du Cirque Philosophique

Un acrobate aveugle s’avance dans une obscurité qu’il est seul à contempler, les bras tendus en avant, peut-être pour la désigner ou la saisir, l’embrasser. Une jeune femme l’accompagne, parfois secondée par un loup; mais elle est aussi souvent seule avec le loup. D’autres équilibristes apparaissent régulièrement : une vieille femme, un chien, deux fillettes, certains funambules d’allure babylonienne toujours hauts perchés (peut-être des techniciens chargés des coulisses, mais n’est-ce pas là un rôle éminent, d’essence presque divine?), quelques louveteaux et d’autres encore. Tour à tour ces acteurs se composent entre eux pour former, conformément à la règle, des figures dans l’espace.

Un filin continu relie des acrobates, qui en déterminent ainsi la forme et la trajectoire. Telle est la règle.

Extrait de “Le cirque philosophique”, Christophe Loyer, éd. Castello di Vincigliata, Fiesole 1998i

1 – Le Cirque Philosophique est tout ce qui a lieu.

2 – Ce qui a lieu est une figure acrobatique.

2.01 – La figure acrobatique est une connexion d’acrobates.

2.011 – Il fait partie de l’essence d’un acrobate d’être élément constitutif d’une figure acrobatique.

2.012 – Quand un acrobate se présente dans une figure acrobatique, c’est que la possibilité de cette figure était déjà présumée dans l’acrobate.

2.0123 – Si je connais l’acrobate, je connais aussi l’ensemble de ses possibilités d’occurrence dans des figures acrobatiques.

2.01231 – Pour connaître un acrobate, il ne me faut certes pas connaître ses propriétés externes, mais bien toutes ses propriétés internes.

2.0124 – Si tous les acrobates sont donnés, alors sont aussi en même temps données tous les figures acrobatiques possibles.

2.013 – Chaque acrobate est dans un espace de figures acrobatiques possibles. Cet espace, je puis me le figurer comme vide, mais non me figurer l’acrobate sans espace.

2.0131 – L’acrobate doit se trouver dans un espace infini.

2.02 – L’acrobate est simple.

(…)

D’après le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein, en remplaçant “monde” par “Cirque Philosophique”, “chose” par “acrobate” et “état de choses” par “figure acrobatique”.