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Textes critiques

Le tour de piste de Christophe Loyer

Le sculpteur Christophe Loyer présente son Cirque Philosophique à la bibliothèque discothèque Robert Desnos, du 7 au 31 janvier. Des acrobates en bronze, patine vert-de-gris, y défient le vide, le temps et l’espace. Nostalgique des signes égyptiens, où les images servaient aussi de lettres et de mots, ce montreuillois relie l’écriture à la sculpture d’une famille de circassiens inventée de toute pièce, au destin vertigineux.

Rien de plus logique pour Christophe Loyer que d’exposer dans une bibliothèque. L’écriture est la racine même de son travail de sculpteur. Pour lui, « il n’existe pas de clivage entre l’image et l’écrit. A l’origine l’écriture était pictographique, puis l’alphabet a été inventé. Aujourd’hui les pictogrammes ont refait leur apparition avec l’informatique, la signalétique routière… » C’est à partir de ce constat que l’artiste invente une famille d’acrobates pouvant se combiner comme des lettres ou des mots. Dans son atelier, des boîtes remplies de petits personnages en bronze, dont certains évoquent les sculptures babyloniennes (civilisation de la naissance de l’écriture, nous dit l’artiste), attendent, bras tendus, leur tour d’être mis en scène. « Il s’agit avant tout d’une grammaire de relations. Celles-ci sont matérialisée par un fil, une boucle continue qui relie les acrobates. La règle du jeu est que chaque acrobate modifie la forme de cette boucle qui le relie aux autres ; le Cirque Philosophique consiste en l’exploration de cette règle ». Autour d’anneaux métalliques suspendus (« ce ne sont pas des mobiles » insiste le sculpteur), hommes, femmes enfants, animaux sont ainsi mis en relation les uns avec les autres, immobiles – mais comme au bord du mouvement, en équilibre précaire face au vide. Cette sensation d’immensité, Christophe Loyer dit l’avoir découverte lors de son séjour en Italie, lorsqu’il travaillait la pierre dans les carrières. « Ce qui m’a frappé dans les carrières, c’est le vide. Ces volumes d’air traversés par des fils d’acier qui scient inlassablement de profonds sillons dans l’épaisseur de la montagne. Comme dans les carrières, le fil ici souligne le vide auquel sont confrontés les acrobates du Cirque Philosophique. »

La geste de ces « acteurs » de bronze illustre ainsi une histoire fragmentaire et hypothétique,  un livre invisible dont chaque sculpture pourrait être une page et que nous donne à lire cet artiste complet également scénographe, vidéaste, travaillant avec des musiciens et des chorégraphes.

 

Françoise Christmann

Montreuil Dépêche, janvier 2003

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